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dimanche 7 février 2010

Dans l'épisode d'aujourd'hui

Extérieur, de jour, sous le soleil plombant de Dakar

C'est maintenant officiel. Amélie est trentenaire.

En ce matin de son anniversaire, Amélie est assise à la terrasse de la maison où elle demeure. Il n'est pas encore midi et il fait 34C au thermomètre. Au moins, la chaleur ici est sèche, pas humide comme à Montréal. La gouvernante lui sert le café. Amélie la laisse faire au prix d'un certain pincement de coeur. Amélie sait que les employés de maison sont nécessaires: ne pas en engager, c'est très mal vu . Les engager, c'est créer de l'emploi. Malgré tout, Amélie ne s'habitue pas à se faire servir. Tout le temps, partout, pour tout.

Amélie aime le Sénégal. La ville de Dakar est belle, moderne, agréable. Et les Sénégalais....quoi dire, les Wolofs ont des corps de dieux. Sérieusement. Entre 16h et 19h, ils courent tous le long de la corniche. De longues jambes musclées, un torse découpé au couteau, des épaules sur lesquelles on a envie de poser la tête. Amélie les regarde courir par la fenêtre baissée de la Mercedes qui la ramène à la maison après la journée au bureau. Et répond par un sourire aux sifflements qui lui sont dirigés.

À l'occasion, lorsqu'Amélie se fait draguer et demander en mariage par l'un de ces dieux d'ébène, la pensée de dire oui l'effleure. Mais cette pensée déraisonnable la quitte assez rapidement lorsque le terme «polygame» perce la brume de son cerveau. Amélie ne comprendra jamais ce principe et ne pourra jamais faire confiance à quelqu'un pour qui la polygamie est le signe ultime de richesse et de réussite. Dommage.

Les collègues du bureau lui ont offert une tunique traditionnelle pour son anniversaire. Une longue tunique en basin riche, un tissu très dispendieux résultant d'un mélange de lin et de coton, et brodée de manière magnifique. La pensée a beaucoup touché Amélie. Il faut savoir que le principe du cadeau d'anniversaire n'est pas du tout répandu au Sénégal. Pour leur faire plaisir, Amélie a prévu la porter vendredi prochain, jour de la Mosquée, mais surtout, jour où les Sénégalais se mettent sur leur 36. Un peu l'équivalent des dimanches d'antan au Québec.

Mais pour l'instant, Amélie va profiter d'une première journée de congé en trois semaines pour se prélasser sur le bord de la piscine. Et penser à cette décennie qui commence.

mercredi 6 janvier 2010

Dans l'épisode d'aujourd'hui

Extérieur, de jour

Amélie marche vers le dépanneur. Elle vient d'échanger plusieurs courriels avec le neuroscientifique. Celui qui a déposé la plus grosse roche dans le coeur d'Amélie dans la dernière année.

Amélie avait pourtant mis une croix sur celui qui était parti indefinitely dans la grande ville laide et capitaliste de Toronto.

But he is back et Amélie vient de se rappeler pourquoi she fell for him in the first place.

Amélie se dit qu'elle doit résister pendant 13 jours encore. Treize petits jours de rien. Treize longues nuits.

jeudi 31 décembre 2009

Rétrospective annuelle

Intérieur, de jour

En cette année 2009 qui se termine, Amélie fait un bilan:


ce qu'elle a fait pour la première fois en 2009:

- Enseigner à l'université;
- Se faire poser des ongles en acrylique;
- Faire plus de 20 km pour aller travailler;
- Poser de la tapisserie sur un meuble;
- Écrire un mémoire de maîtrise;
- Être marraine;
- Voir ses amies être enceintes et accoucher;
- Remplir des demandes de bourses doctorales;
- Aller dans un salon de bronzage;
- Voyager dans un club tout-inclus;
- Publier un article scientifique.


ce qu'elle espère avoir fait pour la dernière fois en 2009:

- Se faire poser des ongles en acrylique;
- Voir ses amis se chicaner et être impuissante à les réconcilier;
- Voir sa famille se chicaner et être impuissante à les réconcilier;
- Avoir à justifier ses nombreuses heures de travail à son entourage;
- S'inscrire dans un gym, abandonner et continuer à payer.


ce qu'elle compte faire pour la première fois en 2010:

- Aller travailler au Sénégal;
- Déposer son mémoire de maîtrise;
- Voir si la trentaine sera plus douce que la vingtaine;
- Entrer au doctorat;
- Entendre sa filleule prononcer son nom;
- Présenter dans un congrès scientifique;
- Obtenir une bourse pour étudier;
- Trouver, enfin, un système de classement efficace pour ses bibliothèques.

jeudi 12 novembre 2009

Dans l'épisode d'aujourd'hui

Intérieur, de soir

Amélie joue avec son nouveau Google Wave. Gracieuseté d'un ancien élève. Faut croire qu'elle en a marqué quelques-uns suffisamment pour qu'on lui fasse ce cadeau. Et comme il n'y a personne là-dessus encore, elle joue toute seule. Elle donne un côté ludique à une recension d'écrits qu'elle doit faire. Attention à la vague! Youhou!

* délire passager et profondément geek*

Et entre quelques mots-clés dans une base de données, elle écrit quelques pages de son mémoire.


Amélie a une vie vraiment plate ces temps-ci:


L'Économiste est à Vancouver.


Le Neuroscientifique est à Toronto.

L'Algérien, une vieille histoire qui remonte à la surface, est malade.

Le Revenant du secondaire est beaucoup trop pragmatique et cartésien. Amélie n'aime pas qu'on lui dise ce qu'on va lui faire. Elle est adepte de la technique «Do it, shut up and enjoy!»

Reste le DJ new-yorkais...

Ouais, Amélie va probablement le texter entre quelques pages de mémoire et quelques mots-clés dans une base de données.

mardi 10 novembre 2009

Question(s) existentielle(s) No.9

Pourquoi est-ce que ce que certains voient comme un privilège, je le vois, moi, comme une malédiction?

Pourquoi est-ce que quand je pense à quelqu'un en disant «c'est bon, c'est fini» dans ma tête, ce quelqu'un «poppe»?


Pourquoi est-ce que quand je pense à quelqu'un en disant «appelle!» dans ma tête, le téléphone reste muet?

Pourquoi est-ce que le gars ne me l'a pas dit AVANT qu'il m'avait reconnue et qu'on allait au secondaire ensemble? Parce qu'APRÈS, c'est weird et inconfortable. Et que tu as hâte qu'il s'habille et s'en aille.

Pourquoi est-ce qu'en novembre, j'ai systématiquement «mes lunettes de marde»? Novembre, c'est un bon mois pour être négative. Et pour voler les expressions des autres.


Au moins, j'ai un super projet encore top-secret qui s'en vient.

AHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH!

*Oui, oui, c'était un cri primal lancé dans le cyber-espace. Ça fait du bien des fois. Ça règle rien, mais ça fait du bien.*

jeudi 29 octobre 2009

Dans l'épisode d'aujourd'hui...

Intérieur, de jour

Amélie a passé une belle soirée hier. Il y avait des jongleurs et des cracheurs de feu sur l'esplanade de la Place des Arts. Mais Amélie et l'Économiste n'y sont pas restés parce que la musique était franchement plate. Ils sont plutôt entrés au Musée d'art contemporain. L'expo temporaire était de qualité inégale, mais ce genre de visite offre une myriade de possibilités:

1- se prendre la main sans être trop artificiel ou forcé.


Économiste:
Non, pas de ce côté, il n'y a rien (Il prend la main d'Amélie).

Amélie:
Viens, on change de salle (Elle prend la main de l'Économiste).


2- frencher dans la salle de projection.

Amélie: C'est drôle les images, on dirait...
Économiste:
Tu disais quoi?
Amélie:
Les deux images, on dirait...
Économiste: On dirait quoi?
Amélie:
C'est plus dur de finir mes phrases avec ta langue dans ma bou...
Économiste:
Ma langue où?

3- rire de la cinquantaine d'étudiants trop hipsters qui prennent des notes et répondent à des questionnaires.


Amélie:
J'espère que tu as pensé à prendre ton cahier de notes.
Économiste:
Nope!
Amélie:
Tut tut! (lui flatte le bras...humm, muscles)
Économiste:
No need. It's all in my head. You can test me later (petite léchouille d'oreille). I'll score high. Promess.


Ce matin, Amélie est crevée, porte les mêmes vêtements qu'hier et ses cheveux vont être une catastrophe. Mais, pour déjeuner, elle a mangé de la croustade aux pommes faite par l'Économiste lui-même. Ça compense pour quelques désagréments.

Économiste: Tiens (sort le plat du four).
Amélie:
T'as fait de la croustade (sourire en coin)?
Économiste:
Ben oui, c'est pas difficile (air vaguement offensé). Je vais sous la douche vite fait.

Et Amélie l'a regardé entrer dans la douche en se disant qu'il avait certainement trouvé une bonne tactique pour impressionner une fille. Ça promet.

mardi 27 octobre 2009

Dans l'épisode d'aujourd'hui...

Intérieur, de jour

Amélie est sous la douche. C'est son endroit de prédilection pour réfléchir. Ses décisions importantes, c'est sous le chaud jet de la douche qu'elle les prend.

Amélie fait un bilan des derniers jours, des dernières semaines, des derniers mois. Elle a beaucoup parlé et s'est beaucoup tue. Mais surtout, elle a aimé. Elle a aimé comme jamais pendant les 12 derniers mois. L'Écossais, le Musicien, le Neuroscientifique. Elle a aussi beaucoup «daté». Le Géographe, l'Australien, l'Ontarien, l'autre Neuroscientifique. Elle en oublie probablement.

Amélie a grandi. Amélie a appris à se connaître. À travers ces hommes, elle a décoré des zones qu'elle croyait détruites. Elle a ouvert des portes qu'elle croyait scellées.

L'amour a occupé une grande partie de ses pensées et de son temps. Au détriment du reste mais en faveur de sa psyché. Peu importe l'avenir, Amélie sait qu'elle peut exister sans se déguiser. Même si elle n'est pas l'élue de l'homme. Même si l'homme ne tient pas ses promesses. Même si le travail de l'homme le transporte ailleurs.

L'eau coule sur son corps. Chaude et rassurante. Rassurante d'un sourire. Rassurante d'un baiser trop long qui coupe le souffle. Rassurante d'une caresse à la fois entreprenante et timide. Rassurante de quelques mots chuchotés. Rassurante d'un regard protecteur.

Amélie peut exister sans se déguiser.


L'Économiste vient d'entrer en piste.

dimanche 18 octobre 2009

Dans l'épisode d'aujourd'hui...

Intérieur, de jour

Amélie vit un dimanche automnal paresseux. Elle est assise sur son lit, la table de lit tirée vers elle. Ses pieds sont un peu froids malgré la couette mauve en boule. Une pile d'oreillers entassés derrière son dos. Sur la table, il y a un portable, une tasse à café, du papier et des crayons. Ça fait du bien.

Amélie a une «date» ce soir. Avec un autre neuroscientifique. Parce que le premier la fait un peu attendre. Et que le deuxième lui est un peu tombé dessus dans les cyber-méandres de la vie. Amélie se demande si c'est éthique. Mais Amélie a besoin d'amour à l'automne. Limite pathétique.

Et le pathétique l'emporte toujours sur l'éthique. Toujours. Amélie est faible.

mercredi 30 septembre 2009

Dans l'épisode d'aujourd'hui...

Intérieur, de soir, il fait froid dehors

L'automne est clairement de retour. Amélie, pas de manteau sur le dos, l'a bien senti aujourd'hui. Les dernières semaines ont été intenses. Positivement intenses, mais intenses tout de même. C'est qu'Amélie prépare son inscription au doctorat. Et du coup, les demandes de bourses pour ledit doctorat. C'est exigeant une demande de bourse gouvernementale. Payant si on l'obtient, mais exigeant à remplir. Amélie a présentement consacré 28 heures à la chose et ce n'est pas encore terminé. Mais aujourd'hui, un pas important a été franchi: les lettres de référence sont sur le point d'être remplies. Et tout le projet de recherche qu'elle compte soumettre est complet. Amélie est fière d'elle-même. Angoissée et terrorisée (son mal de dos lancinant le lui rappelle à chaque mouvement) devant cette aventure, mais fière d'elle-même!

Amélie voit toujours le neuroscientifique. Cette relation tout sauf définie lui cause bien quelques épisodes d'angoisse (tiens, le mal de dos, encore?), lui rappelle à l'occasion that she should NOT drink and text, mais il y a des choses qui s'installent. Tranquillement, à leur rythme. La nature masculine persiste à échapper à Amélie, sur plusieurs points. Une chance que son merveilleux cercle d'amis lui fournit à l'occasion certaines réponses. Amélie aime ses amis.

dimanche 16 août 2009

Dans l'épisode d'aujourd'hui...

Intérieur, de jour

Amélie mangerait des sushis dans le lit du neuroscientifique. Mais pour ça, il faudrait qu'il l'appelle.

En attendant, elle compile des données, analyse des résultats, réfléchit aux causes et aux conséquences, se questionne sur les répercussions, lit des textes abscons sur la fidélité interjuges et écrit des paragraphes qui se veulent clairs.

En écoutant du Radiohead.

Amélie va en venir à bout de son mémoire de maîtrise.

Mais d'ici à ce que ce jour mythique arrive, elle mangerait bien des sushis dans le lit du neuroscientifique. Mais pour ça, il faudrait bien qu'il la rappelle.

Et pour ça, il faudrait qu'il soit moins occupé.

Et Amélie se dit que c'est incroyable qu'elle ait rencontré quelqu'un encore plus occupé qu'elle.

vendredi 24 juillet 2009

Saison 1993 - Épisode 1 Celui où Amélie apprend l'anglais

Intérieur, un soir de février

Amélie est en première secondaire. Dans une école de haut calibre. Où ca joue dure entre adolescents surdoués, doués ou tout simplement plus forts que la moyenne. Amélie se classe dans la catégories des doués. Pas vraiment d'efforts à fournir dans plusieurs matières pour «clancher» solidement les juste «plus forts», mais du travail est nécessaire ailleurs, ce qui n'est pas le cas des surdoués. En maths par exemple. Elle a beau avoir des notes acceptables dans les 80%, reste que si elle prend du retard, c'est sûr qu'elle va éventuellement pleurer sur un exercice rebutant rendue à la maison. Amélie est foncièrement «braillarde». Elle n'accepte pas encore cet état de fait, ce n'est qu'à l'âge adulte que ça se fera...et qu'elle apprendra à se contrôler...à son grand bonheur.

Outre les maths, le problème d'Amélie, c'est l'anglais. Pourtant, elle adore ses cours, elle aime ça apprendre une nouvelle langue, une nouvelle grammaire, de nouveaux mots. Mais ça bloque à l'oral. Amélie se trouve «poche»: tous les autres parlent mieux qu'elle, tous les autres regardent et comprennent la télé en anglais, tous les autres pratiquent avec leurs parents. Mais surtout, les autres ne disent pas «tent» quand ils parlent de leur «tante». Les autres, ils ne s'humilient pas publiquement. Mais la mère d'Amélie ne parle pas un mot d'anglais et son père, bien, son père s'est éloigné depuis longtemps et elle est presque certaine qu'il ne parle pas plus que sa mère.

Et donc, Amélie braille parce qu'elle n'est pas bonne en anglais. Amélie braille parce que sa prof parle juste en anglais et qu'elle ne comprend pas toujours. Amélie braille parce que, des fois, si ses amies ne lui chuchotent pas en français ce qu'il faut faire, elle doit user de stratégies pour ne pas avoir l'air dinde devant la prof. Bref, Amélie braille à la maison chaque fois qu'elle a un cours d'anglais durant la journée.

Ce soir, Amélie fête ses 13 ans. Étonnamment, son père lui a fait parvenir un cadeau. Le seul depuis le divorce de ses parents. Le seul qu'elle aura du reste de sa vie. Le cadeau, c'est de l'argent. L'argent qui permettra à Amélie de prendre part au voyage scolaire. Le seul qu'elle fera de son secondaire. Une semaine en Alabama, au Space Academy Center. Une semaine à jouer à l'astronaute, à expérimenter l'apesanteur, à téléguider une réplique du bras canadien, à apprendre à conduire une navette spatiale, à enfiler un vrai costume d'astronaute, à suivre des cours d'astronomie. Mais surtout, une semaine où les communications devront se passer uniquement en anglais. Une semaine où tous les participants francophones s'engagent à ne parler qu'en anglais, même entre eux.

Une semaine inoubliable.
Une semaine où, enfin, le blocage d'Amélie est parti.
Une semaine après laquelle, en classe, elle n'avait plus besoin de ses amies, parce qu'il faut bien le dire, sa prof articule pas mal plus que les Alabamiens.
Une semaine après laquelle, au retour de l'école, Amélie suit religieusement «Fresh Prince of Bel Air» en comprenant les blagues douteuses de Will Smith.

Amélie n'est jamais devenue complètement bilingue, mais 16 ans plus tard, dans sa vie amoureuse, c'est souvent en anglais que ça se passe.

Amélie est un peu réticente devant cette idée, mais 16 ans plus tard, elle se doit de remercier son père pour cet unique cadeau de fête.

jeudi 23 juillet 2009

Dans l'épisode d'aujourd'hui...

Intérieur, de soir

Amélie est un peu frustrée et déçue...

Elle est toute habillée. Toute maquillée. Toute coiffée. Toute poupounnée.

Et sa «date» vient de l'annuler. Incident familial.

Amélie comprend, mais se demande bien ce qu'elle va faire un jeudi soir à 22h...

Ce n'était clairement pas dans ses plans d'écouter le film d'horreur norvégien que son coloc et un ami regardent dans le salon...

mercredi 1 juillet 2009

Dans l'épisode d'aujourd'hui...

Intérieur, pas tout à fait le soir, mais déjà plus le jour


Amélie réfléchit.
Amélie se questionne.
Amélie sent que quelque chose ne tourne pas rond.
Amélie a l'impression d'avoir oublié un truc.

Mais Amélie ne sait pas quoi.

Elle a encore mis sa liste à jour. Un Allemand/Polonais/Ontarien cette fois.

Serait-ce lui son problème ces temps-ci?
N'est-ce pas plutôt elle, comme d'habitude?
Cet homme si différent sera-t-il aussi problématique que tous les autres?
Gâchera-t-elle tout, comme d'habitude?


Comme d'habitude...

Quelles sont-elles, ses habitudes?

Amélie a l'impression de ne plus en avoir d'habitudes.
Amélie a l'impression de n'avoir que ça des habitudes.

Et pendant ce temps, ce mémoire qui n'avance pas.

Peut-être que la semaine à Cuba va tout régler...

Amélie est naïve. Comme d'habitude.

vendredi 12 juin 2009

Saison 2008 - Épisode 6 Celui avec les danseurs africains...première partie

Intérieur, de soir

C'est vendredi soir à Antananarivo. C'est le 15 de mois, date à laquelle la plupart des salaires sont versés. Les expats savent très bien que les quelques bars de la capitale seront pleins, pleins de ces locaux qu'ils ne voient qu'une fois par mois, le vendredi soir du versement des salaires. Ces vendredis sont toujours différents des autres. Et Amélie se demande bien ce qui l'attend.

La soirée commence au Sud, resto semi-branché, hors du circuit principal. Quelques cliques d'expats le font vivre, dont celle des hauts-placés de la Croix-Rouge. Amélie et I. ne les aiment pas particulièrement. Ils sont dérangés. Plusieurs histoires déplacées et dérangeantes. Elles essayent de les éviter le plus possible. L'un d'eux cependant est Québécois, Étienne, et elles ont appris à mieux le connaître. Et finalement, il semble moins dérangé que les autres. Assez pour qu'elles acceptent de s'asseoir avec lui et sa copine malagasy à leur arrivée au restaurant.

La discussion est sympathique, la copine, Dora, plus allumée que la plupart des pauvres filles fantomatiques qui accompagnent généralement les Blancs. Une certaine complicité s'installe entre Amélie et Dora pendant qu'Étienne et I. discutent des réels pouvoirs de la Croix-Rouge. Amélie attend ce soir-là un appel du musicien et Dora s'amuse à lui donner des conseils sur l'art de faire courir les hommes. Le repas est bon et le vin sud-africain abondant.

La soirée se poursuit de façon traditionnelle au Mojo, premier arrêt obligé du vendredi soir. La place est déjà remplie malgré l'heure peu avancée. Dora présente Amélie et I. à quelques amis qui sont là pendant qu'Étienne commande des mojitos pour tout le monde. Les Malagasy supportent mal l'alcool, Amélie se retrouve entourée de plusieurs qui voient en elle une occasion d'établir un contact avec une Blanche. Une grand classique. Elle les repousse gentiment mais fermement. La musique est bonne, on danse, on discute, on boit. Le musicien arrive enfin, quelques présentations. Dora prend Amélie à part pour la mettre en garde.

Dora: C'est lui ton mec?
Amélie: Oui
Dora: Je sais qui il est. On vient de villages voisins. C'est un musicien très connu.
Amélie: Je sais.
Dora: Fais attention. Laisse-le courir.
Amélie: Pourquoi tu me dis ça?
Dora: Tu es une belle femme intelligente, Amélie.
Amélie: Intelligente, sans doute, belle... (grimace dubitative)
Dora: Si tu veux juste t'amuser, vas-y. Mais sinon...
Amélie: Sinon quoi?
Dora: Je te le dis parce qu'entre femmes, il faut s'aider. Il a une copine. Une Américaine. Ils sont venus sur l'île ensemble il y a trois ans. C'est une musicienne aussi.
Amélie: Je sais de qui tu parles. Mais ce n'est pas une Américaine, c'est une Norvégienne. Ils habitaient ensemble à New-York, mais il m'a dit que c'était fini, qu'elle était avec un autre maintenant.
Dora: Peut-être. Mais faut pas croire un Africain sur ce genre de choses. Je les connais moi.
Amélie: Merci du conseil, Dora, j'en prends bonne note.

Alors que Dora part rejoindre Étienne, le musicien vient vers Amélie et lui tend un verre. Il semble fatigué. Il n'est clairement pas à son premier verre.

Le musicien: I'll do a song. The bar owner asked me.
Amélie: Good!
Le musicien: I know that girl. She's from a village next to mine.
Amélie: I know, she told me.
Le musicien: She's bad. Always with white men...for their money. I don't like her.
Amélie: No kidding...

Et le musicien prend place dans l'espace qui fait office de scène. Et joue de sa guitare. Et improvise une chanson. Sur Amélie. Il sort de scène sous les applaudissements et est pris d'assaut par tous les Malagasy qui viennent de voir une de leurs vedettes en chair et en os. Un petit signe de tête en direction d'Amélie. Amélie sait qu'il ne s'occupera plus d'elle pour de longues heures. Ce n'est pas sa première expérience du genre avec lui.

Elle se dirige vers le bar pour commander un autre mojito. Deux jeunes noirs y sont assis. Ils la regardent depuis un moment. Amélie prend son verre, paye le montant ridiculement bas demandé par la serveuse et se dirige vers la piste de danse. Les deux jeunes la suivent. I. sourit de loin à Amélie sur la piste. La musique américaine s'arrête. C'est l'heure du reggae.

Amélie danse. Se laisse emporter par la musique. Les deux jeunes s'approchent, l'encadrent, dansent avec elle. Amélie sent leur corps ferme et en contrôle contre le sien. Elle est emprisonnée entre eux. L'air est chaud et humide. L'un d'eux se penche se vers Amélie et lui chuchote:

Tu danses comme ça aussi au Dagobert? Tu dois rendre les hommes fous...

Amélie s'arrête. Vient-il de dire «Dagobert»? Comme le bar à Québec? Elle jette un regard interrogatif au jeune homme qui lui sourit....


À suivre...

mardi 5 mai 2009

Dans l'épisode d'aujourd'hui...

Intérieur, de jour

Amélie bûche sur le diaporama de son séminaire de recherche. Il y a de ces journées où l'intellect est moins au rendez-vous.

Sauf que...

C'est peut-être dû aux chansons de Britney qu'elle écoute. Un ami l'a invitée au spectacle de ce soir au temple des télécommunications...ce serait bien qu'elle connaisse quelques paroles!

Drôle de journée!

lundi 4 mai 2009

Dans l'épisode d'aujourd'hui...

Intérieur, de jour

Amélie est «comme» en vacances cette semaine. Quelques peccadilles, mais pas de contrat, pas de travail «sérieux».

Elle classe ses cd, replace correctement les dvd dans les bonnes pochettes, fais le ménage de son garde-robe, coud des rideaux pour le salon, décore sa chambre...

Amélie ne sait pas comment être en vacances!

jeudi 23 avril 2009

Dans l'épisode d'aujourd'hui...

Intérieur, de soir

36 heures.

C'est le temps qu'a pris le géographe pour dire à Amélie que malgré la belle soirée qu'ils avaient passée ensemble sous le signe de l'ouverture et du respect, il ne désirait pas poursuivre. Pas assez d'attirance physique.

Par courriel.

Amélie trouvait qu'il avait de la classe. Elle vient de changer d'idée.


Elle enfile sa belle robe et sort emmerder Montréal.

Et elle recommencera vendredi.

Et samedi aussi.

Et en silence, elle pensera Fuck la géographie, le canot et l'escalade.

Peut-être le criera-t-elle.


Laide, laide, comme la vie est laide, laide, car je ne suis pas belle, belle, je suis une poubelle. Laide, laide...

Dans l'épisode d'hier...

Extérieur, de soir

Amélie marche sur la rue Laurier. Elle sort d'un resto bon et pas cher. À côté d'elle, un grand brun frisé, un peu plus blanc que brun, mais ça fait tout son charme: le géographe.

15 minutes plus tôt

Géographe: T'habites où déjà?
Amélie: Je te l'ai déjà dit, dans Hochelaga...

Sourire du géographe.
Sourire d'Amélie, pas trop vite, qui comprend enfin.

Amélie: Tu viens prendre un café chez nous?
Géographe: Avec plaisir.

Il y a de ces rencontres. Des rencontres sans attentes, où Amélie va surtout pour être sympathique. Et à coups de sourires, de rires, de belles histoires, d'intérêts communs, d'intérêts tellement divergents et d'ouverture d'esprit, un fil se tisse.

Le géographe est reparti tard de chez Amélie, mais il est reparti. Une histoire de bulle qui prend de la place. Amélie aurait dormi collée sur quelqu'un, mais elle comprend. Elle a souvent fait la même chose. On se trouve beaux, on se trouve sympathiques, on se fait l'amour, mais on ne reste pas. Ça fait beaucoup en même temps.

Que se passe-t-il quand deux solitaires, sociables, mais bien dans leur espace et dans leur bulle, se rencontrent?

Géographe: Bonne nuit. Je t'appelle.

Dans sa tête, Amélie part le chronomètre: dans combien temps?

Amélie: Ok. Bonne nuit.

jeudi 16 avril 2009

Dans l'épisode d'aujourd'hui...

Intérieur, de jour

Amélie rigole. Elle vient de recevoir une carte postale. En provenance du Mexique. Une carte postée le 20 décembre 2008 dans laquelle une amie lui souhaite Joyeux Noël et Bonne Année.

Efficace service postal!

jeudi 9 avril 2009

Saison 1999 - Épisode 1 Celui où Amélie est dramaturge

Intérieur, de soir

Amélie en a un peu marre. Depuis la mort de son frère, les amis qui l’entourent, et même son amoureux, l’entourent justement un peu trop. Elle étouffe. Elle ne le sait pas vraiment, n’arrive pas à identifier ce sentiment. Même s'il est maintenant omniprésent.

Les derniers mois, au cours desquels elle est rapidement devenue adulte, lui reviennent en mémoire. L’annonce de la mort. Le grand et profond choc vécu par sa mère. L’identification à la morgue. Les démarches pour le salon funéraire. Le rassemblement pour l’enterrement. Moments à la fois flous, tellement flous. Mais surtout difficiles, aussi difficiles que d’avoir du sable dans les yeux. Du sable en permanence dans les yeux.

Mais aujourd’hui, les choses changent. Amélie remédie à la pitié ambiante. Amélie reprend possession de sa vie. De ses émotions. De son deuil. De sa douleur. Amélie «communique», «exprime» et «partage» ce qu’elle ressent.

Sur la petite scène du théâtre du cégep qu’elle fréquente, la pièce écrite par Amélie est jouée. Son projet de fin d’études. Ses émotions. Son deuil. Sa douleur.

Son amoureux est dans la salle, spécialement venu de Boston pour l’occasion. Ses amis y sont également. Pas sa mère. Sa mère qui passe encore ses journées en pyjama entre le fauteuil du salon et sa chambre. Jamais très longtemps éveillée. Jamais très longtemps endormie.

Et son rouge. Le rouge fort, puissant et déstabilisant du sang sur l’affiche annonçant le spectacle:

La Mort dans l’art.

Projet de fin d’études en théâtre d’Amélie


Et leur silence. Le silence fort, puissant et déstabilisant de la mort sur scène. De la douleur sur scène.


Catharsis des sens.

Expectorant de l’âme.

Anesthésiant de la douleur.

D'une douleur qu’Amélie traîne encore, oh! pas tous les jours, mais quand même…

Ça arrive à l'occasion.