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dimanche 7 février 2010

Dans l'épisode d'aujourd'hui

Extérieur, de jour, sous le soleil plombant de Dakar

C'est maintenant officiel. Amélie est trentenaire.

En ce matin de son anniversaire, Amélie est assise à la terrasse de la maison où elle demeure. Il n'est pas encore midi et il fait 34C au thermomètre. Au moins, la chaleur ici est sèche, pas humide comme à Montréal. La gouvernante lui sert le café. Amélie la laisse faire au prix d'un certain pincement de coeur. Amélie sait que les employés de maison sont nécessaires: ne pas en engager, c'est très mal vu . Les engager, c'est créer de l'emploi. Malgré tout, Amélie ne s'habitue pas à se faire servir. Tout le temps, partout, pour tout.

Amélie aime le Sénégal. La ville de Dakar est belle, moderne, agréable. Et les Sénégalais....quoi dire, les Wolofs ont des corps de dieux. Sérieusement. Entre 16h et 19h, ils courent tous le long de la corniche. De longues jambes musclées, un torse découpé au couteau, des épaules sur lesquelles on a envie de poser la tête. Amélie les regarde courir par la fenêtre baissée de la Mercedes qui la ramène à la maison après la journée au bureau. Et répond par un sourire aux sifflements qui lui sont dirigés.

À l'occasion, lorsqu'Amélie se fait draguer et demander en mariage par l'un de ces dieux d'ébène, la pensée de dire oui l'effleure. Mais cette pensée déraisonnable la quitte assez rapidement lorsque le terme «polygame» perce la brume de son cerveau. Amélie ne comprendra jamais ce principe et ne pourra jamais faire confiance à quelqu'un pour qui la polygamie est le signe ultime de richesse et de réussite. Dommage.

Les collègues du bureau lui ont offert une tunique traditionnelle pour son anniversaire. Une longue tunique en basin riche, un tissu très dispendieux résultant d'un mélange de lin et de coton, et brodée de manière magnifique. La pensée a beaucoup touché Amélie. Il faut savoir que le principe du cadeau d'anniversaire n'est pas du tout répandu au Sénégal. Pour leur faire plaisir, Amélie a prévu la porter vendredi prochain, jour de la Mosquée, mais surtout, jour où les Sénégalais se mettent sur leur 36. Un peu l'équivalent des dimanches d'antan au Québec.

Mais pour l'instant, Amélie va profiter d'une première journée de congé en trois semaines pour se prélasser sur le bord de la piscine. Et penser à cette décennie qui commence.

mardi 5 janvier 2010

Dans l'épisode d'aujourd'hui

Intérieur, de soir

Amélie regarde sa valise ouverte toute grande par terre sur le plancher déjà trop rempli de sa chambre.

Il y a bien des années, Amélie était persuadée que lorsqu'elle allait être adulte, son plancher de chambre allait être propre. Vidé des piles hétéroclites qui ont embrouillé son adolescence. Comme elle se trompait. Maudite pensée magique.

Aujourd'hui, donc, Amélie regarde ses piles qui entourent sa valise toute neuve par terre sur le plancher un peu trop froid de sa chambre.

Et elle les classe dans sa tête, à défaut de les ramasser pour vrai.

La pile de livres pour la maîtrise.
La pile de livres pour le doctorat.
La pile de papiers à classer.
La pile de documents pour son emploi d'assistante de recherche.
La pile de documents pour son emploi d'éditrice.
La pile de livres pour le plaisir.
La pile de livres pour garder son cerveau allumé.
La pile de vêtements à laver.
La pile de sacs à mains à ranger.
La pile de souliers à replacer.
La pile de factures à payer.

La pile de blessures à panser.

Les valises en direction du Sénégal vont être lourdes. Mais Amélie espère bien que le coeur, au retour, sera plus léger.

dimanche 29 novembre 2009

Dans l'épisode d'aujourd'hui

Intérieur, après-midi gris

Amélie broie des idées noires. Encore.

Ça pèse sur ses épaules. Ça plie son cou. Ça fait trembler ses jambes. Ça cerne ses yeux.

Novembre est sur le point de partir. Enfin.

Amélie aussi. Pas tout de suite, mais bientôt. Enfin. L'appel de l'Afrique a encore retenti. Et Amélie a répondu.

Oui, Amélie le sait. C'est problématique quand la solution réside dans la fuite.

Mais pour l'instant, c'est ce qui a le plus de sens.

jeudi 12 novembre 2009

Dans l'épisode d'aujourd'hui

Intérieur, de soir

Amélie joue avec son nouveau Google Wave. Gracieuseté d'un ancien élève. Faut croire qu'elle en a marqué quelques-uns suffisamment pour qu'on lui fasse ce cadeau. Et comme il n'y a personne là-dessus encore, elle joue toute seule. Elle donne un côté ludique à une recension d'écrits qu'elle doit faire. Attention à la vague! Youhou!

* délire passager et profondément geek*

Et entre quelques mots-clés dans une base de données, elle écrit quelques pages de son mémoire.


Amélie a une vie vraiment plate ces temps-ci:


L'Économiste est à Vancouver.


Le Neuroscientifique est à Toronto.

L'Algérien, une vieille histoire qui remonte à la surface, est malade.

Le Revenant du secondaire est beaucoup trop pragmatique et cartésien. Amélie n'aime pas qu'on lui dise ce qu'on va lui faire. Elle est adepte de la technique «Do it, shut up and enjoy!»

Reste le DJ new-yorkais...

Ouais, Amélie va probablement le texter entre quelques pages de mémoire et quelques mots-clés dans une base de données.

mardi 10 novembre 2009

Question(s) existentielle(s) No.9

Pourquoi est-ce que ce que certains voient comme un privilège, je le vois, moi, comme une malédiction?

Pourquoi est-ce que quand je pense à quelqu'un en disant «c'est bon, c'est fini» dans ma tête, ce quelqu'un «poppe»?


Pourquoi est-ce que quand je pense à quelqu'un en disant «appelle!» dans ma tête, le téléphone reste muet?

Pourquoi est-ce que le gars ne me l'a pas dit AVANT qu'il m'avait reconnue et qu'on allait au secondaire ensemble? Parce qu'APRÈS, c'est weird et inconfortable. Et que tu as hâte qu'il s'habille et s'en aille.

Pourquoi est-ce qu'en novembre, j'ai systématiquement «mes lunettes de marde»? Novembre, c'est un bon mois pour être négative. Et pour voler les expressions des autres.


Au moins, j'ai un super projet encore top-secret qui s'en vient.

AHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH!

*Oui, oui, c'était un cri primal lancé dans le cyber-espace. Ça fait du bien des fois. Ça règle rien, mais ça fait du bien.*

mercredi 30 septembre 2009

Dans l'épisode d'aujourd'hui...

Intérieur, de soir, il fait froid dehors

L'automne est clairement de retour. Amélie, pas de manteau sur le dos, l'a bien senti aujourd'hui. Les dernières semaines ont été intenses. Positivement intenses, mais intenses tout de même. C'est qu'Amélie prépare son inscription au doctorat. Et du coup, les demandes de bourses pour ledit doctorat. C'est exigeant une demande de bourse gouvernementale. Payant si on l'obtient, mais exigeant à remplir. Amélie a présentement consacré 28 heures à la chose et ce n'est pas encore terminé. Mais aujourd'hui, un pas important a été franchi: les lettres de référence sont sur le point d'être remplies. Et tout le projet de recherche qu'elle compte soumettre est complet. Amélie est fière d'elle-même. Angoissée et terrorisée (son mal de dos lancinant le lui rappelle à chaque mouvement) devant cette aventure, mais fière d'elle-même!

Amélie voit toujours le neuroscientifique. Cette relation tout sauf définie lui cause bien quelques épisodes d'angoisse (tiens, le mal de dos, encore?), lui rappelle à l'occasion that she should NOT drink and text, mais il y a des choses qui s'installent. Tranquillement, à leur rythme. La nature masculine persiste à échapper à Amélie, sur plusieurs points. Une chance que son merveilleux cercle d'amis lui fournit à l'occasion certaines réponses. Amélie aime ses amis.

dimanche 16 août 2009

Dans l'épisode d'aujourd'hui...

Intérieur, de jour

Amélie mangerait des sushis dans le lit du neuroscientifique. Mais pour ça, il faudrait qu'il l'appelle.

En attendant, elle compile des données, analyse des résultats, réfléchit aux causes et aux conséquences, se questionne sur les répercussions, lit des textes abscons sur la fidélité interjuges et écrit des paragraphes qui se veulent clairs.

En écoutant du Radiohead.

Amélie va en venir à bout de son mémoire de maîtrise.

Mais d'ici à ce que ce jour mythique arrive, elle mangerait bien des sushis dans le lit du neuroscientifique. Mais pour ça, il faudrait bien qu'il la rappelle.

Et pour ça, il faudrait qu'il soit moins occupé.

Et Amélie se dit que c'est incroyable qu'elle ait rencontré quelqu'un encore plus occupé qu'elle.

mardi 17 mars 2009

Question(s) existentielle(s) No.6

Pourquoi, chaque fois que je me dis que je vais enfin pouvoir respirer un peu, un nouveau contrat arrive-t-il?

Et par extension, pourquoi ai-je si peur de manquer d'argent?

Et encore plus profondément, pourquoi aimé-je autant être débordée?

Et deep, deep, deep down inside, pourquoi ai-je si peur de n'avoir rien à faire?

mercredi 11 mars 2009

Saison 2008 - Épisode 5 Celui où Colin kissed Amélie goodbye...première partie

Intérieur, de soir

C'est vendredi soir, Amélie et I. sortent du Patio, un resto à flanc de montagne où, de la terrasse, la vue sur la ville aux mille colline est magnifique. C'est leur premier souper au resto de la semaine. Elles sont débordées. Leurs premiers livres viennent de partir en impression. Avec près de cinq semaines de retard. Les réalités africaines et nord-américaines se heurtent continuellement. Elles éteignent des feux continuellement. Les rythmes ne sont pas synchronisés. Une gestion de crise permanente entre désirs et réalités. Amélie et I. sont coincés entre deux mondes 18 heures sur 24. Elles dorment les six heures restantes. Les quatre jours de vacances à Maurice leur semblent bien loin. Leurs vacances prochaines à Montréal, également.


Le cellulaire d'Amélie sonne. Message texte de Colin.


Just getting out of business dinner. Going to Mojo. I'm knackered, but wanna join me for a while?

Colin, comme Amélie, gère continuellement les crises entre l'Afrique du Sud, Madagascar et Londres. C'était sa semaine à Mada. Ils n'ont pas eu le temps de se voir. Bien qu'également crevée, Amélie lui répond.

Finishing dinner too. I'll be there in 15 with I. Get me a mojito, Sexy :)


Amélie et I. arrivent au Mojo après d'âpres négociations pour un taxi. C'est que de l'extérieur, elles semblent encore des touristes. Mais de l'intérieur, elles n'en sont plus. Après quelques temps dans un pays étranger, le statut de touriste se transforme en autre chose. Amélie n'est pas vraiment une expatriée. Elle ne sera à Madagascar durant une année complète. Mais elle se lève tous les matins pour aller travailler, a un appartement, est membre du centre culturel et du seul gym de la ville, fait son épicerie, a des habitudes, paye ses bananes achetées au coin de la rue de moins en moins cher et de plus en plus près du prix payé par les locaux. Mais les taxis, à moins d'être capable de négocier dans la langue, c'est difficile. Du Patio au Mojo, un local va payer 2000 Ar., de soir, pour une course. Amélie et I., elles, doivent négocier un bon 10 minutes pour payer 3500 Ar. Mais elles sont fières, parce que le premier prix donné par le chauffeur est de 10 000 Ar. Un jour, elles y arriveront!

Amélie arrive au Mojo. Colin est là. Un mojito tendu vers elle. Amélie lui trouve un drôle d'air malgré son sourire éclatant. Il semble gêné.

I. part rejoindre un groupe d'expats qu'elles fréquentent à l'occasion.

Colin attrape Amélie par la taille et l'embrasse. Longuement. Une onde de bonheur lui traverse le corps. Ils ne se sont pas vus depuis deux semaines. Ils réussissent de peine et de misère à passer une soirée complète ensemble à chaque voyage de Colin, quelques heures volées au développement international. Quelques moments de bonheur volés à l'amélioration du sort de l'Afrique. Une soirée, parfois deux, aux 15 jours. Mais on s'en fout, parce que les bouches d'Amélie et de Colin sont faites pour aller ensemble.


Amélie et Colin parlent de leur semaine, de leur projet respectif. Des millions de copies de livres faits par l'équipe d'Amélie qui seront imprimés sous peu. Du feu qui s'est déclaré dans es plus récents équipements installés par Colin. Leur routine, quoi.

Colin veut, encore, des détails à propos de l'île Maurice.


A: I'm telling you, like I told you two weeks ago, it's paradise on earth.
C: How much did you pay the plane ticket?

A: Something around 200.
C: 200 what? Euros?

A: No, no, US dollars.

C: We should go. I'd like to there with you.

A: I'd like too, but, right now, the next place I'll go is home for a couple days.

C: When do you go back home?

A: Mid-August and I'll come back around first week of September. I'll spent the first week in Paris. My best friend is gonna be there.

C: I'll be here in fall. I'll spent a couple days in London, but we'll find some time and we'll go to Mauritius. Come here and kiss me.


À suivre...

samedi 17 janvier 2009

Dans l'épisode d'aujourd'hui...

Intérieur, de soir

Amélie a les traits tirés et rêve de son lit. Plusieurs raisons expliquent le fait qu'elle n'a pas le temps de procrastiner ni de raconter ses souvenirs parce que:


1- Sa meilleure amie vient d'accoucher de jumeaux... par voie naturelle ET par césarienne.

2- Elle rencontre ses directeurs lundi matin et n'a pas travaillé sur son mémoire depuis un an.

3- Elle est crevée.